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Au commencement il y a la matière qui s’étale généreusement, presque à l’aveugle, sur le support -toile ou bois- posé par terre. La dominante varie selon l’endroit ou Tam peint : bleu, gris, brun sous le ciel de Paris : magenta, ocre ou orangé au soleil de Majorque. Travaillé, dépris, repris, le motif ensuite apparait. Nourri par les anciennes années à peindre pour voir, et toutes celles depuis à peindre pour être vu. Par les admirations aussi (Ernst, Miro, Klee). Oiseau, poisson, guerre, cirque… rarement l’évidence d’un corps humain, mais souvent la présence au moins suggérée d’un médium : arlequin, alchimiste ou mage. La vie n’est prodige que par instants souvent secrets et à cette intermittence, l’artiste oppose son obstination -de plus en plus sereine- à traquer ces instants-là, à leur donner consistance, y compris sur des morceaux d’épave, des « bois flottés » qu’elle ramasse sur les plages de Palma. Plus elle cherche en elle une résonance intime au travail de la forme, plus elle accueille en son tableau le regard extérieur. Peut-être l’achèvement n’arrive-t-il qu’au moment où se pratique et s’impose ce fragment de lumière blanche (trait, boule, fente…) oeil, astre ou porte, sortie pour l’artiste, entrée pour le spectateur, mystère, spot qui donne tout leur éclat, leur relief aux bleus de nuit, aux bruns de forêt, aux jaunes de sable, aux rouges de feu. Si peu figuré, partout l’humain est là, et c’est ce qui nous touche.

François Gorin

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